ABERRANT ! « Faire payer un impôt aux expatriés français » : une proposition de Jérome Cahuzac du parti socialiste .

Posted on 26 décembre 2011

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Nous sommes catégoriquement contre la proposition du socialiste Jérome Cahuzac de faire payer un impôt aux expatriés. Les socialistes méconnaissent ce qu’est l’expatriation.

Jérome Cahuzac, qui est-ce ?.

Actuellement président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, Jérôme Cahuzac est un chirurgien de formation qui entre en politique en adhérent au Parti Socialiste en 1977.

[sources: Biographie de Jérome Cahuzac sur Wikipédia].


Le projet.

Jérome Cahuzac propose que « Plutôt que de retirer leur nationalité à certains« , il serait judicieux de « rappeler cette nationalité à ceux qui sont partis » au travers d’ « une taxation proportionnelle » sur leurs revenus, sous prétexte que la France est le pays où « ils sont nés, où ils ont été soignés, où ils sont allés à l’école » et d’autant plus que « Les Français de l’étranger vont avoir des députés » qu’ils éliront en 2012.
Son ambition étant que le candidat PS à l’élection présidentielle de 2012 retienne cette proposition d’impôt.

 

Voici pour le contexte. A travers les commentaires des articles sur le sujet, je me suis rendu compte qu’il y une vraie méconnaissance de ce qu’est l’expatriation et j’essayerais ici d’expliquer pourquoi cette proposition est injuste et peu éclairée.


Les arguments de Jérôme Cahuzac.

« Plutôt que de retirer leur nationalité à certains, ce qui n’aura aucun effet sur les résultats de la politique de sécurité, pourquoi ne pas rappeler cette nationalité à ceux qui sont partis« .

J’estime de très mauvais goût de la part de Mr. Cahuzac d’établir un quelconque rapport entre la déchéance de nationalité et l’idée d’une imposition sur les expatriés français. La première mesure étant une mesure sécuritaire et punitive à l’encontre d’individus dangereux et menaçant envers la nation, la seconde mesure ayant un objectif financier concernant des citoyens français.
Non seulement je suis assez choqué de la tournure de la phrase mais surtout je n’en comprend pas la logique. (Peut-être quelqu’un dans les commentaires pourra m’éclairer).
De plus préciser qu’il faut « rappeler à ceux qui sont partis » est lourd de sous-entendus aussi bas que déplacés pour favoriser une image de l’expatrié qui est fausse pour mieux faire avaler la couleuvre.

« leur demander de payer quelque chose en France, pays où ils sont nés, où ils ont été soignés, où ils sont allés à l’école […] La France est le pays où ils reviennent quand ils ont des soucis [comme] les salariés de la City de Londres qui sont revenus en France toucher les Assedic« .

Il est certain que, présenté de cette manière, l’argument serait difficile à réfuter s’il n’était pas complètement démagogique.

1. Le système français repose sur un système de participation à l’effort collectif, et non pas de « tu payes pour ce que tu utilises ». Ainsi les cotisations que vous payez aujourd’hui ne sont pas mises de côté pour votre retraite mais servent aux actuels retraités, ne remboursent pas vos frais de scolarité mais permettent l’éducation des actuels enfants et adolescents, ne remboursent pas les frais d’hopitaux lorsque votre mère à eu le bonheur de vous mettre au monde mais subventionnent les établissements aujourd’hui, etc… etc…, je crois que vous avez saisis l’idée.
Cet effort est globalement une façon de rembourser les services qui ont été mis à disposition comme l’éducation nationale et d’investir pour avoir une garantie face à l’avenir comme pour la retraite, ou en cas de changement brutal de vie et de pouvoir d’achat (chomage, allocations familiales…), ce remboursement et cet investissement sont fondus dans les cotisations et impôts qui servent à l’instant T, avec une notion de solidarité ou on ne paye pas que pour nous mais aussi pour soutenir les plus démunis parce que c’est ça une société, c’est un ensemble.

2. La plupart des expatriés ont en général travaillé en France, parce que s’expatrier ça se fait rarement facilement sur un coup de tête, ainsi ils ont participé à l’effort collectif, ils ont payé leurs cotisations, ils ont fait marché le système qui effectivement les a vu naitre, les a éduqué et soigné, ils ont payé leur part. Lorsqu’ils partent, sur les cotisations qu’ils ont payés, il serait bien inélégant de venir leur réclamer la partie « remboursement » alors qu’ils renoncent à la partie « investissement ».

Car contrairement aux idées reçues, s’expatrier c’est cher… pour l’expatrié pas pour le pays.
Déjà les pays entre eux ont des accords politiques et financiers, et par ces accords ils s’accordent l’expatriation de leurs résidents et vice-versa et tutti quanti, il faut bien comprendre que les pays ne se laisseraient pas cet échange de résidents si ce n’était pas un échange de bons procédés que les gouvernements encouragent, il est donc absolument dégueulasse et malhonnête de faire passer les expatriés pour des opportunistes qui crachent dans la soupe.
Ensuite,on arrive pas dans un pays les mains dans les poches. Il faut payer un visa, il faut fournir des preuves médicales de sa bonne santé, il faut avoir les fonds nécessaires pour assurer ne pas être un oid pour le pays d’accueil, et souvent il faut fournir ribambelles de papiers officiels, tamponnés, traduits, je vous passe les différentes formalités qui varient d’un pays à l’autre mais ça a un coût d’autant plus que l’on renonce à notre sécurité sociale, à nos allocations, à notre retraite française. Alors NON, quitter la france pour ne pas payer d’impôts français est rarement la motivation première.

3. Les expatriés travaillant à l’étranger payent leurs impôts au pays qui les accueille en conformité avec les conventions fiscales que la France à elle-même signé (voir point n°1), exception faite pour les expatriés touchant des revenus de sources françaises (ce qui semble plutôt logique).

4. Les seuls expatriés français pouvant bénéficier du chomâge en rentrant dans leur pays d’origine sont ceux qui se sont expatriés en Europe, résultat de l’ouverture des frontières pour la favorisation de la mobilité du travail et la lutte contre le chomage.
Etant moi-même en Nouvelle-Zélande, je pense pouvoir dire au nom de beaucoup d’expatriés hors Europe, qu’à 2000euros le billet d’avion, ce n’est pas la sécu ou les allocs  françaises qui nous font rentrer au pays, surtout qu’on en aurait pas ou peu.
Les cas sont d’ailleurs extrêmement « rares et bien contrôlés, car soumis à l’aval de la délégation générale à l’Emploi et à la Formation professionnelle (DGEFP). Entre novembre 2008 et février 2009, au plus fort de la crise financière, l’assurance chômage a ainsi recensé 209 demandes de prise en charge au titre d’un emploi exercé dans un autre pays européen »

5. Un expatrié, n’en déplaise à Mr. Cahuzac, est quelqu’un qui favorise l’immigration sélective si chère au gouvernemant grâce aux accords entre les pays justement.
C’est une bouche de moins a nourrir, à soigner, à payer.
C’est un poste qui se libère dans un pays qui se plaint du chômage des bacs+3.
C’est quelqu’un qui participe à l’image de la france à l’Etranger et donc à son tourisme.
C’est quelqu’un qui fait marcher l’économie (poste, avion, télécommunications) pour les retrouvailles familiales, et qui favorise l’exportation de produits français (parce qu’il nous manque notre fromage).
Il est trop facile de ne se limiter et focaliser que sur le manque à gagner d’un point précis et occulter tout le reste.

6.
Enfin je rappellerais que comme nous qui payons des impôts dans notre pays de résidence, les expatriés étrangers résidant en France payent des impôts sur le revenus au pays qui ne les a pas vu naitre, que ne les a pas soignés, qui ne les a pas éduqués. Jérome Cahuzac n’a pas proposé une exemption ou réduction d’impôts à ceux-là.

Mon premier sentiment est surtout que l’on cherche à voir à qui on pourrait encore gratter des sous. Les expatriés donnant deux avantages:
1. le premier de soulager les français résidant en France qui se réjouiront que pour une fois ce n’est pas sur eux qu’on tape. Je ne peux que les comprendre – malgré la distance soyez assurés que comme bon nombre j’aime mon pays et m’y intéresse – pas moins de 19 nouvelles taxes depuis l’élection du Président, un augmentation drastique des taxes déjà existante (dont la foncière qui a même doubler pour certains), le chômage, la crise. D’autant plus que l’expatrié véhicule cette image fausse de l’opportuniste que j’ai décris plus haut, qui a lâché tout le monde pour couler une vie meilleure. Je ne m’attend à aucune solidarité (si ce n’est déjà un quelconque intérêt déjà) de la part mes concitoyens restés en hexagone, je vous demanderais juste de ne pas banaliser cette image éculée et mensongère, il y a déjà bien assez de clivages au sein du peuple.
2. le second et non des moindres, est d’avoir la quasi assurance que pour une fois personne ne descendra dans la rue. Déjà que la voix des Français en France est baillonée, manipulée, modifiée (il n’y a qu’a voir avec les grèves actuelles), vous pensez les français qui sont même pas là, ça va être du gateau….

Mon second sentiment, ou le deuxième effet kiss-cool si vous préférez, c’est que la nationalité Française créerait automatique une obligation de dédommagement financier ad vitam eternam. Comme on choisit ses amis pas sa famille, on ne choisit pas là où on né mais on peut choisir là où on va vivre, c’est une liberté qui me semble fondamentale.

La France et le Français c’est une histoire d’amour. Un amour de jeunesse, le premier amour.
Pour certains ils durent toute la vie avec des hauts, des bas, parfois on ne sait pas trop si on devrait rester ensemble mais c’est le seul qu’on a connu et on y est habitué.
Et puis parfois on se quitte, peut-être parce qu’on est plus sur la même longueur d’onde ou tout simplement parce qu’on veut connaitre autre chose, rencontrer, expérimenter. Peut-être qu’on se remettra ensemble, peut-être que ça sera définitif, on prend le risque de tout quitter sans savoir ce qu’on va trouver, mais c’est un choix.
Et comme dans toute histoire d’amour, quand on a fait le choix de prendre ses distances avec tout ce que ça implique, sans haine, sans violence, sans rancoeur, ça serait bien d’effectivement nous lacher les basques.

J’espère avoir éclairci le pourquoi du mécontentement des expatriés sur cette proposition, évidemment à mon échelle, je ne peux me faire la voix de tous les expatriés les situations pouvant être, et d’ailleurs étant, très différentes.

Revue de presse – Source : Publié par   BugBrowser – « Le post . fr » – http://www.lepost.fr/article/2010/10/07/2255359_faire-payer-un-impot-aux-expatries-francais-une-proposition-de-jerome-cahuzac.html

Posted in: Fiscalité